Le Brexit : Un cas d’école, par Serge Raynal

La première ministre britannique Theresa May a fait savoir dans une lettre de six pages remise au président du Conseil européen Donald Tusk, que son pays déclenchait la procédure prévue par le traité de Lisbonne pour quitter l’Union européenne, conformément au résultat du référendum du 23 juin 2016.

« Nous voulons rester des partenaires engagés et des alliés pour nos amis de tout le continent » a voulu rassurer Mme May. Mais elle a aussi pris le contrepied de l’UE en insistant sur la nécessité de mener en parallèle des discussions sur les modalités de retrait et celles sur le « partenariat étroit et spécial » qu’elle souhaite arracher à l’UE pour la suite des relations futures.

« C’est un vœu pieux » estimait Janis Emmanouilidis, analyste à l’European Policy Center à Bruxelles. « Ce qu’elle demande est strictement impossible ». Comment négocier avec le Royaume-Uni, qui restera membre à part entière de l’UE jusqu’au 29 mars 2019, un accord commercial et de coopération en matière sécuritaire comme s’il était déjà un pays tiers ?

Un accord sans précédent devra être approuvé par l’ensemble des 27 États membres, et ratifié par leurs parlements nationaux et certaines assemblées régionales, soit près de 40 feux verts à obtenir, ce qui pourrait prendre des années.
Angela Merkel a rejeté cette perspective. « Il faudra d’abord clarifier dans les négociations comment délier les imbrications de l’Union européenne et du Royaume-Uni» a dit la chancelière allemande, « et seulement une fois cette question clarifiée nous pourrons ensuite parler de notre relation future ».

Les européens veulent d’abord régler 3 sujets « prioritaires » :

La facture à solder par Londres estimée entre 55 à 60 milliards d’euros à l’UE.

Les futurs droits des citoyens européens au Royaume-Uni et des britanniques dans l’UE.

Les problèmes de frontières  nord-irlandaise et de Gibraltar.

Les négociations seront âpres, très longues et se feront dans la douleur.

Quand certains pays sont tentés de vouloir quitter l’UE, le Brexit est une parfaite démonstration des problèmes et des conséquences d’une telle décision. Dans ce cas d’école il n’est décrit que la face visible de l’iceberg (10%). Les conséquences sociales, sociétales et financières pour les britanniques représentent 90% des véritables problèmes à venir. Rappelons que le Royaume-Uni se situe en dehors de la zone euro, mais quand serait-il d’un pays de la zone euro attiré par l’aventure ?

A l’ère de la mondialisation il n’existe que 3 possibilités pour survivre: Être un grand pays ou une nation fédérée et représenter un grand nombre d’habitants, soient un petit pays avec des singularités fortes, soient faire partie de la nébuleuse de pays qui subissent la loi des autres. Il ne s’agit pas de démagogie ni d’idéologie mais de pragmatisme et de réalisme pour notre avenir et ceux de nos enfants.

 La feuille de route du  Brexit

Comment va se dérouler le divorce avec l’UE ?

Neuf mois après le vote des Britanniques en faveur d’une sortie de l’Union européenne, les négociations ont officiellement commencé avec un calendrier des discussions qui apparaît bien ambitieux aux yeux des analystes.

29 Mars 2017

Lettre au conseil européen

La première ministre britannique Theresa May enclenche la procédure prévue à l’article 50 du traité de Lisbonne, signifiant l’intention de son pays de quitter l’Union

29 avril 2017

Sommet de l’Union Européenne

Réunion à 27 pour préparer les négociations de sortie du Royaume-Uni. C’est le français Michel Barnier qui pilote le plan pour adopter des « directives de négociations ».

Mai 2017

Grande Abrogation

Le gouvernement britannique devra adopter un projet de loi baptisé « Great repeal Bill » destiné à abolir le Code de la loi de 1972 qui avait incorporé la législation européenne au droit britannique et à convertir le corpus des lois européennes en lois nationales.

Mai/Septembre 2017

Mandat de négociation

Les ministres européens devront donner formellement à la commission le mandat pour débuter les négociations avec Londres, discussions qui pourraient durer 6 mois.

Décembre 2017

Conditions de sortie

L’UE entamera des discussions sur les « contours » de son « nouveau partenariat » avec le Royaume-Uni, à condition de régler auparavant certaines questions relatives à sa sortie (factures, droits des citoyens, frontière irlandaise et statut de Gibraltar)

Octobre 2018

Date limite

Échéance fixée par Michel Barnier pour trouver un accord de retrait avec le Royaume-Uni, qui devra être approuvé par les États membres. Le parlement Européen aura ensuite le dernier mot par un vote en séance plénière.

Mars 2019

Ratification de la sortie

A l’issue des pourparlers, le pays devrait alors quitter officiellement l’Union européenne, après ratification du Brexit par les autres États membres, dans les conditions conclues par les parties.

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