Si j’étais Ministre de l’Éducation Nationale Par Serge RAYNAL

En éducation, l’argent à lui seul ne fait pas le bonheur. On aurait beau rajouter des millions d’euros par année, sur le plan des principes, il y aurait encore quelque chose de déréglé dans notre système d’éducation.

Quelle est la mission de l’école ? Quelle mission voudrait-on qu’elle joue ? Quelle philosophie l’anime ? Ce sont des questions essentielles.

Traditionnellement l’école devait transmettre une culture. Elle devait inscrire les nouvelles générations dans une civilisation et les familiariser avec son histoire, sa géographie, ses grandes œuvres et ses savoirs fondamentaux.

Elle devait apprendre à lire, à écrire, à parler. Elle devait donner aux jeunes esprits le goût de la culture et du silence méditatif.

L’école a renoncé à cette philosophie. Elle l’a fait sous la double pression de la droite économique et surtout de la gauche politiquement correcte :

La première voulait que l’école forme de futurs travailleurs adaptés au marché

La seconde rejetait massivement notre héritage de civilisation. Elle voulait plutôt que l’enfant construise lui-même son propre savoir, sans être écrasé par le monde d’hier. Il fallait alors couper les liens avec le passé. Nous avons mutilé les âmes des élèves.

Je cède un instant à un fantasme : je m’imagine ministre de l’Éducation.

Je m’efforcerais de rétablir le sens de la transmission culturelle.

Je reconnecterais l’enseignement du français à celui de la littérature.

Je délivrerais l’enseignement de l’histoire du politiquement correct. On y raconterait l’histoire du peuple français et de la civilisation occidentale sans cette étrange manie culpabilisante qui pousse la jeune génération au déracinement.

Comme vous pouvez le constater mes premières décisions ne seraient pas budgétaires, mais je voudrais réformer culturellement l’école :

J’y rétablirais le culte du silence et de la concentration, chaque jour les élèves liraient une bonne heure en silence. A l’école pas de texto mais des grands textes.

J’apprendrais aux élèves à admirer les grands ancêtres et les grandes œuvres.

Je leur inculquerais la passion de l’histoire, de la géographie, des sciences naturelles et de notre culture

A partir d’objectifs, déterminés pour chaque niveau d’enseignement, je donnerais aux enseignants le pouvoir  de choisir leur pédagogie en fonction du milieu ou ils éduquent.

Il y aurait une grande rupture, assez des réformes à chaque changement de ministre de l’éducation nationale, l’école ne traiterait plus les élèves comme des cobayes au service des savants fous du ministère de l’Éducation, mais comme de futurs citoyens appelés à enrichir l’héritage légué par leurs devanciers.

Pour cela il faut beaucoup moins que des millions d’euros mais des idées claires et du courage politique. Cependant il faut reconnaître que ces ressources sont beaucoup plus rares que des millions d’euros.

Ceci n’est qu’un rêve, mais les rêves peuvent devenir des réalités, il suffit d’une volonté politique  issue du pragmatisme hors de tout intérêt électoralisme.

Post-scriptum : Nous sommes début juillet, il est onze heures du matin, les résultats du Baccalauréat viennent de tomber, plus de 90% de reçus, combien d’entre eux finiront comme hôtesses de caisses (anciennement caissière) dans une grande surface au coin de la rue ? Rien n’a changé les parents sont satisfaits des résultats, les professeurs également mais les élèves sont inquiets pour leur avenir.

Nous sommes de retour dans le monde du réel. Ou sont toutes les promesses électorales ? De nouveaux ministres ont été nommés, nous aurons bientôt une nouvelle réforme de l’enseignement qui ne changera rien comme toutes les autres et qui viendra au contraire rendre le système encore plus complexe

Le vrai changement c’est pour quand ?

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Pour en savoir plus : École : Danger, Vol au dessus d’un nid de frelons. Éditions du Panthéon

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