Une journée sur les champs de bataille de la Somme

Levée tôt matin une petite troupe de valeureux sociétaires, conjoints, parents et amis de la SMLH 92/SE accompagnée de représentants du comité de Paris 15ème ainsi que du Souvenir français de Bourg-la-Reine et de Châtillon s’est rendue dans le Nord de la France, en pays de Somme. Objectif : la ville de Péronne et les champs de bataille alentour.

Accueillis à l’Historial1 de la Grande guerre de Péronne par une jeune guide aussi cultivée que passionnée et passionnante, nous avons aussitôt été plongés dans un univers abordant le conflit dans toute son ampleur, sur le front et en arrière. En effet, musée de sociétés en guerre plus que musée militaire, l’Historial présente une histoire comparée des nations impliquées dans la confrontation. Ainsi les visions croisées des combattants et des civils français, allemands, britanniques, contribuent à une meilleure compréhension des événements en permettant au visiteur d’en saisir toutes leurs dimensions. L’exposition d’archives dans ces trois langues, d’uniformes, d’armements, de matériels des différentes armées et autres témoignages de l’époque sont autant d’invitations à la réflexion sur les causes et les conséquences de cet engagement armé.

Libres de déambuler dans cet espace grâce à l’utilisation d’audioguides branchés sur le canal de la conférencière, curieux de découverte, les membres du groupe ont été particulièrement attentifs et visiblement émus par cette proximité avec les traces subsistantes de cet affrontement que l’écrivain Georges Duhamel -alors médecin aide-major dans des unités d’auto-chirurgie- qualifie de « paroxysme ».

Expérience de guerre vécue du côté allemand par le peintre Otto Dix dont cinquante gravures formant un cycle intitulé Der Krieg sont exposées dans une aile de l’Historial. Particulièrement macabres, quasi caricaturales, à l’opposé de la propagande glorieuse, ces œuvres seront vilipendées pour leur défaitisme après l’arrivée au pouvoir d’Hitler. Plusieurs années après la fin de la guerre, hanté par la vision apocalyptique et déshumanisante du champ de bataille, Dix écrira « On doit avoir vécu quelque chose de semblableOn ne se rend pas compte que l’on est malgré tout profondément marqué... Pendant dix ans au moins les ruines étaient toujours présentes dans mes rêves

Bienvenue, la pause méridienne dans un confortable restaurant de Rancourt à l’imposante façade de pierres blanches (Le Prieuré, pour les amateurs de cuisine locale raffinée) a permis détente et convivialité autour de tablées mêlant les participants des divers comités et associations.

Les agapes achevées, départ en car pour un circuit du souvenir à travers champs et villages à jamais marqués par les empreintes de cette terrible bataille de la Somme. Rancourt, Longueval, Pozières, Thiepval, La Boisselle, Albert,…autant de lieux meurtris, jalonnés de cimetières pieusement entretenus et de symboles dédiés aux combattants de tous les pays engagés.

  1. Mot créé en associant « histoire » et « mémoire ».

Bordée d’un vaste cimetière considéré comme la plus grande nécropole française de la Somme, avec ses murs intérieurs tapissés des noms des soldats français tombés le 25 septembre 1916, la Chapelle du Souvenir français érigée à Rancourt restera sans nul doute gravée dans les mémoires des visiteurs. Merci au Souvenir français pour la permanence de son investissement dans la sauvegarde de ce sanctuaire.

Tout aussi émouvant, le musée de Thiepval et sa fresque de 60 mètres de long évoquant le « jour le plus sanglant de l’armée britannique », le 1er juillet 1916. Ce jour-là, 60 000 britanniques ont été mis hors de combat, tués, blessés ou portés disparus ! Un peu à l’écart, culminant à 45 mètres de hauteur, le plus grand mémorial du Commonwealth au monde porte « gravés les noms de  73 307 officiers et soldats des armées britanniques tombés au cours des batailles de la Somme –entre juillet 1915 et février 1918- mais auxquels la fortune de la guerre refusa une sépulture connue et les honneurs rendus à leurs camarades dans la mort. ». Signe du ciel, alors que le temps s’était à peu près maintenu au beau fixe, une petite pluie fine s’est mise à tomber sur ce théâtre pendant notre excursion.

En clôture de notre périple, arrêt à La Boisselle pour découvrir le trou de mine vestige du déclenchement de la bataille de la Somme, le « Lochnagar crater ». Impressionnant, pétrifiant, fantastique… ! Les mots font défaut pour qualifier ce qui, malgré un effort de creusement de plusieurs mois sous les tranchées allemandes s’est pour les assaillants finalement avéré un nouvel obstacle favorisant l’hécatombe dans leurs rangs.

La traversée de la ville d’Albert après celle de plusieurs petits villages au style typiquement anglo-saxon, au point de laisser souvent penser que nous n’étions plus en terre de France, met un terme au parcours. La tête pleine d’images, de violence, de fureur, de tristesse mais le cœur empli d’une reconnaissance infinie envers tous ces alliés morts pour notre patrie (qui leur était jusqu’alors inconnue).

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